Regardez bien cette colonne ronde et élégante : c'est le trophée d'un concours de théâtre. Dans l'Athènes classique, les citoyens fortunés finançaient les chœurs des festivals au titre d'un service public, la chorégie. Quand leur chœur l'emportait, le mécène recevait un trépied de bronze et l'exposait sur un piédestal dans la rue des Trépieds, qui passait justement ici en direction du théâtre de Dionysos.

1Lysicrate remporte le prix

C'est le seul de ces piédestaux parvenu jusqu'à nous intact. Son inscription l'explique avec une précision administrative : Lysicrate, fils de Lysithéidès, du dème de Kikynna, était chorège ; le chœur des garçons de la tribu Akamantis a vaincu ; Théon jouait de l'aulos, Lysiadès dirigeait, et l'archonte était Évainétos. Ce dernier détail permet de le dater de 335-334 av. J.-C. C'est aussi l'un des plus anciens emplois connus du chapiteau corinthien à l'extérieur d'un édifice.

2Un couvent et un poète

Pendant des siècles, les Athéniens l'ont appelé « la lanterne de Démosthène », comme si l'orateur y avait étudié. En 1658, des capucins français s'installèrent ici et le monument se retrouva enchâssé dans leur couvent, ce qui le protégea du pillage. Lord Byron logea dans ce couvent lors de son second séjour en Grèce. Le bâtiment brûla en 1821, pendant la guerre d'indépendance, et la France finança ensuite la restauration du monument.

3Ce qu'il faut observer

  • La frise sous le toit : Dionysos change en dauphins les pirates tyrrhéniens qui avaient tenté de l'enlever.
  • Le couronnement d'acanthe, où s'emboîtait le trépied de bronze.
  • L'inscription sur l'architrave, côté rue.

Documenté

L'inscription date le monument de l'archontat d'Évainétos (335-334 av. J.-C.) ; un couvent capucin l'engloba à partir de 1658 et la France le restaura au XIXe siècle.

Tradition orale

Le nom de « lanterne de Démosthène » est une attribution populaire sans fondement : l'orateur n'a aucun lien avec le monument.

Sources et crédits

Ministère grec de la Culture, fiche du monument de Lysicrate ; Inscriptiones Graecae II² 3042 ; James Stuart et Nicholas Revett, « The Antiquities of Athens », vol. I (1762).

Photographies:

  • Monument chorégique de Lysicrate sur une place arborée de Plaka: Jebulon, CC0.

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