Penchez-vous au-dessus de cette fosse et regardez la colonne de bronze torsadée. En y regardant bien, vous distinguerez trois corps de serpents enroulés les uns autour des autres. C'est le plus ancien monument de la ville façonné par des mains grecques, et l'un des plus chargés de superstitions.

1Un trophée de guerre venu de Delphes

En 479 avant notre ère, les cités grecques battirent les Perses à Platées. Avec le butin, elles fondirent un trépied de bronze et d'or qu'elles offrirent à Apollon dans le sanctuaire de Delphes. Les serpents portaient un chaudron d'or, et sur leurs anneaux furent gravés les noms des 31 cités qui avaient combattu. Cette inscription se lit encore sur les spires inférieures. Huit siècles plus tard, Constantin emporta la colonne pour orner son hippodrome.

2Un talisman contre les serpents

Avec le temps, on oublia son origine et la colonne devint un objet magique. Des auteurs ottomans écrivirent qu'elle protégeait la ville des serpents.

Selon une légende, Mehmed II lui-même aurait brisé d'un coup de masse la mâchoire de l'une des têtes ; d'autres récits attribuent le geste à des sultans plus tardifs.

Ce qui est attesté, c'est que les trois têtes restèrent en place jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Un chroniqueur ottoman rapporte qu'elles tombèrent une nuit d'octobre 1700. L'une d'elles, privée de sa mâchoire inférieure, est conservée aux musées archéologiques d'Istanbul.

3Ce qu'il faut observer

  • Les spires : comptez les anneaux et suivez du regard chacun des trois corps.
  • La fosse : elle révèle le niveau du sol byzantin, plusieurs mètres sous le niveau actuel.
  • Le sommet, brisé, où se trouvaient les têtes.
Gravure de 1727 de la place de l'Hippodrome avec l'obélisque et la colonne Serpentine
L'Hippodrome sur une gravure d'Aubry de La Motraye publiée en 1727.

Documenté

La colonne faisait partie du trépied offert à Delphes après la bataille de Platées (479 av. J.-C.), elle porte les noms de 31 cités grecques et Constantin la fit transporter à l'Hippodrome.

Tradition orale

Son pouvoir contre les serpents et le coup porté par Mehmed II à l'une des têtes relèvent de la tradition ottomane, non de faits établis.

Sources et crédits

Hérodote, « Histoires » (livre IX) ; Paul Stephenson, « The Serpent Column: A Cultural Biography » (2016) ; musées archéologiques d'Istanbul, notice de la tête de serpent.

Photographies:

  • La colonne Serpentine en bronze dans sa fosse, avec l'obélisque au fond: Gryffindor, Dominio público.
  • Gravure de 1727 de la place de l'Hippodrome avec l'obélisque et la colonne Serpentine: Aubry de La Motraye, Dominio público.

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