Derrière cette muraille grise subsiste ce qui reste de Firozabad, la ville fondée en 1354 par le sultan Firoz Shah Tughlaq. Kotla signifie « citadelle ». C'est aujourd'hui un dédale d'arcs brisés, de passages obscurs et une mosquée à ciel ouvert. C'est aussi l'un des lieux les plus mystérieux de Delhi.

1Une colonne que personne ne savait lire

Sur une pyramide d'arcs s'élève une colonne de grès poli d'environ 13 mètres. L'empereur Ashoka la fit tailler au IIIe siècle av. J.-C. ; elle se trouvait à Topra, dans l'actuel Haryana. Firoz Shah la fit venir en 1356, enveloppée de coton et de soie, sur un chariot à 42 roues puis en barque sur la Yamuna, selon son chroniqueur Shams-i Siraj Afif. Personne à sa cour ne comprenait l'inscription. Son écriture, la brahmi, ne fut déchiffrée qu'en 1837, par le Britannique James Prinsep.

2Des lettres aux djinns

Le plus étonnant se passe le jeudi. Depuis la fin des années 1970, selon l'anthropologue Anand Vivek Taneja, des centaines de personnes viennent dans ces ruines demander l'aide des djinns, ces êtres de « feu sans fumée » dont parle le Coran. Elles allument bougies et encens, offrent du lait et glissent des lettres dans les niches des murs, parfois des photocopies avec leur photo et leur adresse. Elles demandent un travail, la santé, un visa ou le retour d'un amour.

Les djinns existent pour la foi musulmane ; qu'ils habitent ces ruines et lisent leur courrier relève de la tradition populaire.

3Ce qu'il faut observer

  • La colonne d'Ashoka, brillante sur sa pyramide.
  • Les traces de suie laissées par les bougies dans les niches.
  • Les arcs de la mosquée, où Tamerlan pria en 1398.
Murs en ruine de pierre à Feroz Shah Kotla
Les murs de Firozabad, où les fidèles déposent leurs lettres aux djinns.

Documenté

Firoz Shah Tughlaq fonda Firozabad en 1354 et y fit transporter la colonne d'Ashoka en 1356 ; Prinsep en déchiffra l'écriture en 1837.

Tradition orale

L'idée que les djinns habitent ces ruines et exaucent les demandes écrites est une croyance populaire vivante, non un fait vérifiable.

Sources et crédits

Anand Vivek Taneja, « Jinnealogy: Time, Islam, and Ecological Thought in the Medieval Ruins of Delhi » (Stanford University Press, 2017) ; Archaeological Survey of India, Feroz Shah Kotla ; Shams-i Siraj Afif, « Tarikh-i Firoz Shahi » (XIVe siècle).

Photographies:

  • Pyramide d'arcs en ruine surmontée de la colonne d'Ashoka à Feroz Shah Kotla: IshiSenpai, CC BY-SA 4.0.
  • Murs en ruine de pierre à Feroz Shah Kotla: Dhamijalok, CC BY-SA 3.0.

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