Regardez l’eau de la Creek et les abras qui vont et viennent. Aujourd’hui, elles traversent en quelques minutes, mais pendant des générations, c’est de ce port que partaient chaque été les bateaux en route vers les bancs perliers du Golfe. Et avec eux voyageait une histoire que l’on racontait à voix basse.

1Des mois en haute mer

La grande saison de plongée, le ghous, couvrait les mois les plus chauds, de juin à septembre. Les plongeurs descendaient encore et encore en apnée, une pince en os sur le nez et une pierre attachée aux pieds, pendant que leurs compagnons les remontaient à la corde. C’était un travail épuisant et dangereux, et la nuit en haute mer nourrissait la peur.

2Le père de la mer

Selon la tradition, ces eaux étaient le domaine de Baba Darya, ou Bu Darya. Son nom mêle l’arabe bu, « père », et le persan darya, « mer ». Les versions changent d’un port à l’autre : certaines le décrivent comme une créature énorme, mi-humaine mi-amphibie ; d’autres comme un djinn qui poussait des appels au secours pour attirer les marins vers l’eau.

Par crainte de Baba Darya, raconte-t-on, deux ou trois hommes montaient la garde sur le pont chaque nuit pendant que les autres dormaient.

Ce récit est partagé par le Qatar, Bahreïn et les Émirats, et les spécialistes y voient une manière de nommer les dangers bien réels de la mer : noyades, requins, tempêtes.

3Ce qu’il faut observer

  • Les abras, héritières des barques à rames qui traversaient la Creek.
  • Les boutres en bois amarrés sur la rive de Deira, comme ceux qui partaient pour les perles.
  • Le minaret de Bur Dubaï en face, le repère que voyaient les marins au retour.

Documenté

La pêche des perles a été le socle de l’économie de Dubaï jusqu’aux années 1930, avec une grande saison de plongée de juin à septembre.

Tradition orale

Baba Darya est un personnage du folklore maritime du Golfe, connu sous de nombreuses versions ; son existence relève de la tradition orale.

Sources et crédits

The National, « Tales preserved for the future » (2009), sur le recueil « Khrareef » ; Katarzyna Pechcin, « A tale of “the lord of the sea” in Qatari folklore and tradition », Romano-Arabica (2017) ; Roads and Transport Authority de Dubaï, service des abras.

Photographies:

  • Une abra en bois traversant la Creek avec des passagers: SurvivorNgugz, CC BY-SA 4.0.

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