Regardez ce bloc de pierre grise derrière la vitre. On dirait un gravat, et pourtant c'est l'un des objets les plus énigmatiques de Londres. On l'appelle London Stone et il apparaît dans les documents dès l'an 1100 environ, quand un habitant se désignait comme « Eadwaker, de la pierre de Londres ». C'était déjà un repère si connu qu'il servait d'adresse.
1Un rebelle et son épée
En juillet 1450, Jack Cade entra dans Londres à la tête d'une révolte contre le gouvernement d'Henri VI. D'après les chroniqueurs, il frappa la pierre de son épée et se proclama seigneur de la ville. Shakespeare a porté la scène au théâtre dans « Henri VI ». Personne ne sait pourquoi il choisit ce bloc : peut-être avait-il déjà une valeur symbolique.
2La prophétie inventée
Son origine, elle, reste inconnue. On en a fait une borne milliaire romaine, un autel druidique ou la pierre apportée par Brutus de Troie, le fondateur mythique de la Bretagne. En 1862, une revue publia un prétendu proverbe ancien : tant que la pierre de Brutus sera en sécurité, Londres prospérera. Les historiens pensent que son auteur, le pasteur gallois Richard Williams Morgan, l'a lui-même inventé, car on ne le trouve dans aucun texte antérieur.
La pierre existe depuis plus de neuf siècles ; la prophétie, seulement depuis 1862.
Pendant la reconstruction de l'immeuble, entre 2016 et 2018, la pierre a été exposée au Museum of London. Elle est revenue ici en octobre 2018.
3Ce qu'il faut observer
- Les marques de la surface : c'est un calcaire oolithique, usé par des siècles d'histoire.
- Les lettres gravées « LONDON STONE » et les deux plaques noires qui l'encadrent.
- La plaque qui résume les théories sur son origine.
Documenté
La pierre apparaît dans des documents vers 1100, Jack Cade l'a frappée en 1450 et elle est protégée au Grade II* depuis 1972.
Tradition orale
Son origine troyenne, druidique ou romaine et la prophétie selon laquelle Londres tombera si on la perd sont des inventions ou des hypothèses sans preuve ; le proverbe apparaît pour la première fois en 1862.
Sources et crédits
Historic England, fiche 1286846 « London Stone » ; John Clark, « London Stone: Stone of Brutus or Fetish Stone? », Transactions of the London and Middlesex Archaeological Society (2010) ; John Stow, « A Survey of London » (1598).
Photographies:
- La London Stone derrière sa vitre ovale, sur Cannon Street: amandabhslater, CC BY-SA 2.0.
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