Vous êtes devant le Collège-séminaire royal du Corpus Christi, que les Valenciens appellent tout simplement « le Patriarche ». Il fut fondé à la fin du XVIe siècle par saint Jean de Ribera, archevêque de Valence et patriarche d'Antioche, l'un des hommes les plus puissants de son temps. Derrière sa façade sobre se cache l'un des animaux les plus célèbres de la ville : un dragon.
1Un caïman nommé Lepanto
Dans le vestibule de l'église pend un caïman naturalisé. D'après les recherches de l'historien Àngel Campos-Perales, l'animal venait du Pérou et c'est Ribera qui le baptisa « Lepanto » ; c'est le seul vestige conservé de sa collection d'animaux. La version la plus répandue ajoute qu'il s'agissait d'un cadeau du vice-roi du Pérou et qu'à sa mort on le suspendit à l'entrée pour rappeler le silence qu'il fallait garder dans l'église.
2Le « drac » du Patriarche
Pour le peuple, ce reptile était « el drac del Patriarca ». Les mères le montraient du doigt pour effrayer les enfants qui chahutaient pendant la messe, et l'imagination populaire lui inventa peu à peu un passé de monstre tapi dans les eaux du Turia. En 1901, Vicente Blasco Ibáñez lui consacra une nouvelle, « Le dragon du Patriarche », qui fixa l'image du caïman dans la mémoire de la ville.
Le dragon existe : il est naturalisé et pend du plafond. Ce qui relève de la légende, c'est sa vie de monstre du fleuve.
Le collège conserve en outre une importante collection de peinture, avec des œuvres de Juan de Juanes ou du Greco, dans un édifice qui a très peu changé depuis le XVIIe siècle.
3Ce qu'il faut observer
- La coupole et le clocher du collège, qui dominent la place.
- Le portail de l'église, dans la calle de la Nave.
- La Nau, l'ancienne université, de l'autre côté de la place.

Documenté
Le caïman naturalisé, venu du Pérou et baptisé Lepanto par Jean de Ribera, est conservé à l'entrée de l'église du Collège royal du Corpus Christi.
Tradition orale
Son passé de monstre du Turia est une invention populaire, et son rôle de symbole du silence est une explication traditionnelle.
Sources et crédits
Àngel Campos-Perales, « Lepanto, el caimán del patriarca Juan de Ribera. Aproximación a su significado », Chronica Nova, 45 (2019) ; Real Colegio Seminario de Corpus Christi, site officiel (patriarcavalencia.es) ; Vicente Blasco Ibáñez, « El dragón del Patriarca » (1901).
Photographies:
- La place du Patriarche et le Collège royal du Corpus Christi: Joanbanjo, CC BY-SA 4.0.
- Le caïman naturalisé suspendu à l'entrée de l'église du Patriarche: Ripoll531, CC BY-SA 4.0.
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