Devant vous se trouve l'un des hôtels les plus élégants de Bruxelles, mais son nom garde un souvenir peu hospitalier. À partir de 1522, ce terrain fut celui de la prison de la ville.

1Une prison nommée « ami »

En néerlandais, la prison s'appelait vrunte. Selon l'explication traditionnelle, les soldats espagnols du XVIe siècle la confondirent avec vriend, « ami », et le nom resta. Ses cellules auraient accueilli, d'après les chroniques, le célèbre Vidocq et le poète Paul Verlaine. La prison fut démolie en 1930 et l'hôtel ouvrit en 1958, pour l'Exposition universelle.

2Le 10 juillet 1873

Verlaine échoua ici à cause de ce qui s'était passé à quelques mètres, à l'hôtel À la Ville de Courtrai, au numéro 1 de la rue des Brasseurs. Lui et le jeune Arthur Rimbaud vivaient une liaison orageuse qui avait éclaté à Londres. Ce matin-là, Verlaine acheta un revolver dans les galeries Saint-Hubert. De retour dans la chambre, après une dispute, il tira deux fois : une balle blessa Rimbaud au poignet.

« Il faut être absolument moderne », rappelle la plaque, reprenant la célèbre formule de Rimbaud.

Verlaine fut arrêté, passa par la prison de l'Amigo et fut condamné à deux ans d'emprisonnement, qu'il purgea à Mons. Les deux poètes ne s'en remirent jamais vraiment. En 2016, le revolver fut adjugé aux enchères à Paris pour 434 500 euros.

3Ce qu'il faut observer

  • La plaque de 1991, rue des Brasseurs, posée pour le centenaire de la mort de Rimbaud.
  • Le nom bilingue de la rue : rue de l'Amigo et Vruntstraat.
  • L'arrière de l'hôtel de ville, à quelques pas seulement.
Plaque de la rue des Brasseurs rappelant le coup de revolver de Verlaine sur Rimbaud
La plaque de 1991, à l'emplacement de l'ancien hôtel À la Ville de Courtrai.

Documenté

Le terrain fut celui de la prison communale à partir de 1522 ; le 10 juillet 1873, Verlaine blessa Rimbaud à l'hôtel du 1, rue des Brasseurs et fut condamné à deux ans de prison.

Tradition orale

L'origine du nom « Amigo » par une confusion des soldats espagnols est une explication traditionnelle, non un fait établi.

Sources et crédits

Archives de la Ville de Bruxelles ; Graham Robb, « Rimbaud » (Picador, 2000) ; La Libre Belgique, « Quand Verlaine tira sur Rimbaud » (2004) ; Wikipédia, « Hôtel Amigo ».

Photographies:

  • Façade de briques de l'hôtel Amigo, près de la Grand-Place: Benoît Prieur, CC0.
  • Plaque de la rue des Brasseurs rappelant le coup de revolver de Verlaine sur Rimbaud: Michel wal, CC BY-SA 3.0.

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