Ce jardin paisible, à côté de l'ancien palais du Congrès, cache la plus grande tragédie de l'histoire de Santiago. Ici s'élevait l'église de la Compañía de Jesús.
1La nuit du 8 décembre 1863
C'était la fête de l'Immaculée Conception, qui clôturait le mois de Marie. L'église était bondée, surtout de femmes et d'enfants, et illuminée par des milliers de bougies et de lampes à paraffine, parmi les tentures et les fleurs en papier. Vers sept heures moins le quart du soir, une flamme embrasa les décorations du maître-autel et le feu gagna la toiture.
La panique fit le reste. Les amples robes à crinoline gênaient la fuite, les gens tombèrent aux portes et se retrouvèrent piégés. En un peu plus d'une heure, l'église n'était plus qu'une ruine. Une décision de justice de 1864 parla de « près de deux mille » morts, dans une ville d'environ cent mille habitants.
2Ce qui naquit des cendres
Quelques jours plus tard, à l'initiative de José Luis Claro, fut fondé le corps des pompiers de Santiago, toujours bénévole aujourd'hui. Les ruines furent démolies et l'on planta ce jardin à leur place.
Dans les décombres, on trouva des lettres que les fidèles adressaient à la Vierge dans une boîte du temple. Elles ne furent jamais publiées, et le mystère de leur contenu nourrit les rumeurs pendant des années.
En 1873, un monument de Carrier-Belleuse fut inauguré ici, avant d'être transféré au Cimetière général. Il est aujourd'hui remplacé par une Vierge en prière en marbre, œuvre de José Miguel Blanco.
3Ce qu'il faut observer
- La Vierge en prière et ses anges, en souvenir des victimes.
- Les réverbères en fonte ornés de figures, venus de France vers 1890.
- L'angle des rues Compañía et Bandera, où se trouvait la façade de l'église.

Documenté
L'incendie du 8 décembre 1863 fit près de deux mille morts selon la décision de justice de 1864 et entraîna la fondation du corps des pompiers de Santiago.
Tradition orale
Les rumeurs sur le contenu des lettres à la Vierge n'ont jamais pu être vérifiées, car les lettres ne furent pas publiées.
Sources et crédits
Cuerpo de Bomberos de Santiago, histoire de l'institution ; Bibliothèque nationale du Chili, Memoria Chilena : « El incendio de la Iglesia de la Compañía » ; Consejo de Monumentos Nacionales, palais de l'ancien Congrès national et ses jardins.
Photographies:
- Jardins de l'ancien Congrès national avec arbres, palmiers et fontaine: Warko, CC BY-SA 3.0.
- Gravure de l'incendie de l'église de la Compañía en 1863: Ernest Charton, Dominio público.
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